Assises 2018 

Agriculture,
Technique et vivant

21 et 22 septembre à l'Institut de Paléontologie Humaine
1, rue René Panhard - Paris 13ème

Depuis une vingtaine d’années au moins, au Nord comme au Sud, les critiques adressées à l’agriculture industrielle se multiplient. Au niveau environnemental, les systèmes agraires modernes, fondés sur des monocultures intensives sans rotation et l’usage de la chimie lourde, conduisent à un appauvrissement des sols, une érosion de la biodiversité, des pollutions multiples, une raréfaction des ressources en eau, et sont responsables d’environ un cinquième des émissions totales de gaz à effet de serre. D’un point de vue économique et social, les pratiques culturales modernes reposant sur des besoins en capital sans cesse croissants (mécanisation, irrigation, chimie, semences « propriétaires »), seules les grandes exploitations peuvent assumer ces charges et soutenir la concurrence internationale. L’agriculture familiale, qui fournit pourtant les trois quarts de la nourriture destinée aux êtres humains, n’occupe plus qu’un quart des surfaces cultivées au niveau mondial. Les petits paysans disparaissent, et avec eux des pratiques et savoirs ancestraux accumulés et transmis tout au long des âges. La concentration des terres s’accroit, ainsi que la mainmise de l’oligopole des semences et de l’agrochimie sur l’ensemble de la chaîne alimentaire. Pour reprendre les termes d’Ivan Illich, l’agriculture est devenue un grand système industriel.

Malgré ce tableau très sombre, la majorité des politiques et des scientifiques semblent ne pas prendre la mesure du problème. Si l’on organise des « Etats généraux de l’alimentation » et que l’on promeut l’agro-écologie dans les discours, aussi bien les décisions politiques que les directions prises par la recherche dominante en agronomie poursuivent dans la fuite en avant technique. De nouveaux poisons sont autorisés et les anciens comme les herbicides à base de glyphosate ne sont toujours pas interdits. Des plans gouvernementaux encensent l’ « agriculture de précision » et la « révolution verte 2.0 », qui visent à assister le travail de l’agriculteur par toute une série d’artefacts numériques « intelligents ». Les nouvelles semences concoctées dans les laboratoires seront « climate ready », bricolées grâce aux techniques de la biologie de synthèse, auprès desquelles les OGM de première génération paraitront presque « naturels ». La convergence NBIC et la vision transhumaniste qui la sous-tend sont les nouveaux horizons de l’agriculture, censées apporter des solutions aux défis écologiques et alimentaires majeurs d’aujourd’hui.

Ces Assises seront tout d’abord l’occasion de contribuer à démystifier le discours techniciste ambiant en alertant du danger de « nouvelles solutions »  qui n’en sont pas. Il s’agira aussi, de façon plus large, de replacer les débats dans une perspective historique et anthropologique concernant nos rapports à la Terre et à la nature. Les être humains ont commencé à domestiquer la nature au Néolithique, mais cette domestication s’effectuait dans l’ensemble dans une certaine harmonie, une reconnaissance intime de l’appartenance des hommes à ce qu’on appelle aujourd’hui la biosphère. Quand et comment est-on passé de la domestication à un extractivisme forcené ? Comment qualifier cette rupture ? Ce n’est qu’en comprenant profondément la nature de la crise contemporaine qu’on peut juger de la justesse des « solutions ». Enfin, on explorera les grandes lignes des alternatives qui éclosent ici ou là : agro-écologie, circuits courts, sélection collaborative… Il s’agit plus généralement de restaurer et/ou de réinventer un rapport à la nature non pas fondé sur l’utilité à court terme, mais sur la reconnaissance de l’importance fondamentale des liens qui unissent les êtres humains à leur environnement vivant.

Programme visible aussi en format pdf

Vendredi matin (9h-12h30) - Vieux problèmes, nouvelles solutions 

Introduction (Hélène Tordjman)

  • Outils numériques et robotiques : nouvelle dépendance ou gain d’autonomie pour les agriculteurs ? (Vincent Tardieu)
     
  • Les « semences propriétaires » (Sarah Vanuxem)
     
  • Le complexe agrochimique (Fabrice Nicolino)
     

Vendredi après-midi (14h-17h30) - La nature profonde de la crise agricole contemporaine

  • Voir la vie comme un industriel : modernisations agricoles et biopouvoir aux 19ème et 20ème siècles (Christophe Bonneuil)
     
  • Les coûts de la fuite en avant techniciste : industrialisation de la filière agroalimentaire, décomposition des « savoir s’alimenter » et montée des déséquilibres alimentaires (Daniel Cérézuelle)
     
  • Vivre sans animaux domestiques, un projet inhumain (Jocelyne Porcher)
     
  • Le sacrifice des paysans : pour quelles raisons et comment l’arrêter ? (Pierre Bitoun)
     

Samedi matin (9h-13h) - Vers un nouveau système agraire

  • L’agroécologie pour nourrir correctement et durablement la planète (Marc Dufumier)
     
  • Quelles alternatives à la privatisation des semences : semences libres, open source, participatives, intelligentes… ou droits collectifs des agriculteurs ? (Guy Kastler)
     
  • Questions autour des technologies paysannes (in)appropriées (Fabrice Clerc)
     
  • Passer de l’agriculture conventionnelle à l’agriculture bio (Daniel Evain)
     
  • Pour une agriculture qui appuie son développement sur les cinq propriétés de la durabilité :
    principes généraux et étude de cas de la Bergerie de Villarceaux avec la méthode idea v4(Héloise Boureau)

Conclusion (Hervé Le Meur)

 

A noter que le samedi après-midi aura lieu l'assemblée générale de l'association

 

Contact : assises@technologos.fr