Nos intentions

Élaborer un nouvel argumentaire.

Aujourd'hui, la majorité des intellectuels et des militants considèrent que si le monde va mal, c'est d'abord à cause de la cupidité et du cynisme d'une minorité de personnes exerçant par l'argent une domination sur une majorité d'autres personnes.  Partageant nous-mêmes le constat des inégalités, nous nous refusons à l'expliquer par un motif d'ordre moral. Pourquoi serait-on aujourd'hui plus cupides et cyniques que par le passé ? Faudrait-il prôner une révolution vertueuse pour que les choses changent ?

Reprenant en revanche la leçon de Marx selon laquelle les infratructures (l'appareil de production) façonnent les superstructures (les idées), nous pensons que les moyens techniques (matériels et immatériels) s'étant multipliés, sophistiqués  et ramifiés entre eux de façon exponentielle, ils constituent aujourd'hui un système, un milieu environnant à part entière, au point qu'ils se développent de façon autonome : sans cesse et sans que leur développement ne soit jamis remis en cause dans sa globalité.

Le "système technicien" (Ellul) impose ses valeurs, au premier rang desquellles la quête du confort matériel. Ces valeurs sont quasi unanimement partagées, par les dominants comme par les dominés, si bien que les rapports de force sociaux sont considérablement émousés (sauf quand il est trop tard, par exemple quand les plans de licenciements sont annoncés) et que le débat politique est vidé de toute substance (exemple, la célèbre phrase de Lionel Jospin en 2002 : "mon programme n'est pas socialiste").

Par ailleurs, les dominants ne sont plus exactement ceux d'hier. Même s'il est souvent éphémère, le pouvoir appartient désormais davantage à ceux qui, par des moyens techniques, font circuler le capital en quantités astronomiques et dans des délais records (les traders) qu'à ceux qui se contentent de l'accumuler (le dirigeant d'entreprise). Reprenant à notre compte ce qu'écrivait  Ellul en 1954, "Il est vain de déblatérer contre le capitalisme, ce n'est pas lui qui crée ce monde, c'est la machine", nous entendons mettre sous le projecteur ce changement de paradigme.

Nous organiser sur le terrain

Si notre intention première est de démystifier le phénomène technicien (combattre non pas seulement le capitalisme mais aussi et surtout ce qui en est le moteur... et qui n'est hélas que trop rarement perçu comme tel : l'idéologie productiviste et technicienne), il convient de concevoir et de mettre en place un nouveau type de militance.

L'immense majorité des partis politiques, syndicats et associations militantes sont construits sur le modèle pyramidal : à leurs sommets, (parfois constitués autour de "conseils scientifiques"), des minorités de "penseurs" indiquent à leurs bases respectives ce qu'il convient de penser, de dire et de faire. Ce mode de fonctionnement est précisément un avatar du système technicien. Le militantisme de masse est en effet construit sur un partage des tâches qui est l'héritier direct du taylorisme : les débats de fond ne sont pas forcément escamotés mais il y est impossible d'avancer une idée qui sortes des cadres établis. A terme, les échanges d'idées sont considérablement limités, réduits à des questions de stratégie.

Dès lors qu'il s'agit de combattre non pas le capitalisme mais l'idéologie technicienne, ce mode de fonctionnement est voué à l'échec. Il est urgent de rompre avec ce système et de nous organiser "par le bas", sur le terrain, depuis des groupes locaux aux effectifs réduits (afin que la parole y circule et que la responsabilité s'exerce), reliés entre eux sur le mode fédératif.

Faire un effort de pédagogie

Il nous importe avant toute chose de prendre en considération la masse des  préjugés qui portent sur  la technique, en premier lieu celui qui  - méconnaissant son changement de statut - veut qu'elle ne serait "ni bonne ni mauvaise" et que "seul compte l'usage qu'on en fait". Nous devons faire un effort de rigueur intellectuelle et de clarté, afin de démontrer quand pourquoi et comment notre société est  devenue "technicienne." Nous voulons nous adresser à un large public mais il n'est possible de démontrer que la technique ne se développe de façon autonome que parce qu'elle est sacralisée, c'est-à-dire investie de désirs narcissiques, d'arrières-pensées  inconscientes (qui relèvent pour la plupart de la volonté de puissance), de croyances multiples et de postures quasi fétichistesmultiples (star system, attachement viscéral à certains objets, comme le portable, phénomène d'addiction aux écrans...)

Pour expliquer la façon dont la technique façonne aujourd'hui les consciences et  engendre une forme de servitude nouvelle, bien réelle mais totalement involontaire (même si les personnes les plus dépendantes justifient leurs comportements par la liberté de choisir), il importe d'appuyer notre critique sur la prise en compte d'une entité qui transcende la conscience mais qui est totalement évincée du débat public par la société technicienne et plus généralement "la modernité" : l'inconscient.

Cette tâche est d'autant plus ardue que nous ambitionnons de nous adresser à un public large.

Diversifier nos approches

Les groupes locaux sont les plus à même de développer la critique technicienne dans la mesure où la critique, se faisant sur le terrain, la parole n'est pas exclusivement médiatisée (comme l'impose de plus en plus la société technicienne), mais incarnée. Il appartient à chaque groupe de privilégier tel ou tel type d'action en fonction de leurs contextes : organisation de débats publics, conférences, ateliers... production d'écrits, participation à des manifestations politiques et/ou symboliques ...

Pour celles et ceux qui vivent à la campagne ou dans des petites localités (et qui disposent par conséquent de peu de moyens pour s'organiser collectivement sur le terrain), des groupes thématiques sont créés, d'autres peuvent l'être à leur tour.

Au niveau national, nous pouvons organiser des rencontres autour de thèmes préalablement choisis, comme nous l'avons déjà fait lors de nos premières assises, en septembre 2013 à la Sorbonne.

Technique "oblige", la participation à la lettre d'information ainsi que l'actualisation de ce site (et de sites régionaux, comme celui de Marseille) constituent des vecteurs non négligeables de notre activité.