TECHNOlogos PARIS ÎLE-DE-FRANCE
Penser la technique aujourd'hui et résister à sa puissance
Adhérent.e

L'évolution des outils

Présentation par Sylvain Rey

Présentation d’outils

Le galet aménagé par l’Homo Habilis
(période allant de - 2,7 M ans à - 1,3 M ans)
Le bi-face par l’Homo Erectus
(période allant de - 1,6 M ans à - 300.000 ans)

Sylvain nous présente différentes formes d'outils en pierre (copies contemporaines)

Les outils éclats par l’Homme de Néanderthal (période allant de - 300.000 ans à - 35.000 ans) avec l’utilisation des fragments de pierre obtenus.

La spécialisation des outils par l’Homo Sapiens (période depuis - 40.000 ans à nos jours) avec l’amélioration de la technique de la frappe de pierre contre pierre. L’outil résultant est réalisé pour une tache précise (spécialisation) : couper, gratter des surfaces, percer, embout de flèche, …

Le bois est aussi utilisé pour finir la taille de l’outil. On ne retrouve pas de trace d’outils qui ont pu être réalisé en bois ou des matières se dégradant facilement avec le temps. On a en revanche, avec Sapiens, des outils en ivoire (aiguilles) ou en os

Les vestiges retrouvés montrent que le niveau de technicisation pour une même période n’était pas uniforme entre les régions. Les différentes cultures observées chez Sapiens (Châtelperronien, Aurignacien, Gravétien, Magdalénien, etc. qui correspondent à des techniques de taille différentes) se chevauchent dans le temps ; il n'y a pas forcément passage claire d'une période à une autre. Pourquoi observe-t-on des changements dans les techniques de taille ; il est impossible de répondre.

Notion d’âge pour caractériser le niveau technique

L’âge du bronze (période de - 3000 ans environ à moins 1200 ans au Proche-Orient et Europe). Technique qui s’est développé d’abord au Proche-Orient. Cette région où il n’y avait pas de cuivre et d’étain nécessaire à la réalisation de l’alliage, montre que celle-ci devait être un point de passage de routes du commerce et nécessitait une organisation et une volonté politiques. Le cuivre matériau plus ductile, facile à travailler (d’abord en Mésopotamie) précéda cette « âge du bronze » et se développa dans des zones où ce minerai se trouve. Cependant, le cuivre était travaillé en le martelant et était trop souple pour faire de bons outils (mais utilisé pour la parure par ex.). Le bronze, en revanche, nécessite la fonte de deux minerais différents : il faut donc une classe spécialisée d'artisans qui apparaît à cette période. De même, les entités politiques puissantes voient le jour à cette période : les princes et rois, qui arrivent à contrôler les sources d'approvisionnement en minerai et le commerce qui va avec, développent de puissants états. C'est l'âge des palais (Crète minoenne, Grèce mycénienne, empire hittite...). Le développement de la technologie du bronze, qui fusionne deux métaux pour en créer un nouveau qui n'existe pas naturellement, est donc synonyme de bouleversements sociaux et politiques profonds, aussi importants sinon plus que l'agriculture (la technique n'est pas neutre).

De plus, si le silex est parfois plus tranchant que le métal, ce dernier est beaucoup plus solide et durable : il s'use beaucoup moins vite que la pierre. On peut donc enterrer ces objets avec les morts et les transmettre à travers les générations : on bâtit un monde commun qui précède et reste après les générations (cf. Arendt).

La fin de cet âge du bronze, en Europe et Proche-Orient, coïncide avec l'effondrement de ce système politico-économique. Des invasions (peuples de la mer) ont joué un rôle dans cet effondrement. Si les états n'arrivaient plus à se procurer l'étain (qu'on faisait souvent venir de loin, comme de Cornouaille ou de la Baltique), on ne pouvait plus faire de bronze. Le fer (dont la technique de fonte avait été développée peu avant) put donc devenir une alternative. De plus, le fer est plus solide. Lorsque l'étain redevint disponible, on ne repassa pas au bronze : celui-ci fut réservé à la statuaire, à l'architecture, et à la petite monnaie, mais armes et outils du quotidien restèrent en fer. Dans ce cas, le changement de matière (pas vraiment de technique, puisque c'est toujours de métallurgie qu'il s'agit) s'est fait par adaptation à des circonstances extérieures. Une fois la technique du fer maîtrisée, on ne revient pas au bronze.

L’âge du fer. Un matériau plus solide que le bronze et dont les composants de base le fer et le carbone sont plus accessibles, mais qui nécessite une température de fonte plus élevée que le cuivre, donc des fours plus performants et une maîtrise du feu plus parfaite.

Ces deux époques ont nécessité d’abord la maîtrise du feu, puis de pouvoir augmenter les températures dans des fours afin de fondre les minerais. Les fours à potier pour cuire la terre, la céramique, pour réaliser des contenants ont servi à mettre au point la technique du four.

C'est le passage de la pierre taillée à la métallurgie (et non pas au métal en tant que tel) qui est important. Avec la pierre comme le cuivre frappé à froid, on ne fait que changer la forme de la matière avec la métallurgie, on applique une action thermique sur celle-ci, on brise les molécules pour les recomposer. (Avec le nucléaire, en revanche, on brise l'atome, on va donc au cœur de la matière, ce qui est différent).

Les périodes des âges sont différents d’un continent à un autre, certains n’ayant pas connu par exemple celui du bronze comme l’Afrique, d’autres comme l’Amérique du sud qui ont eu un développement important basé sur la métallurgie de l’or et du cuivre –avant la conquête espagnole—sans pour autant faire d'outils en métaux : cuivre et or étaient réservés à l'apparat, à l'art. En Chine, l'âge du fer commence un peu plus tardivement qu'en Europe et Proche-Orient, suite peut-être à la diffusion de cette technique par les peuples voisins. En Corée, le bronze fut introduit entre les Xèmes et XIIèmes siècle, mais, contrairement à la Méditerranée orientale, ne signifièrent pas l'émergence d'un état centralisé. Il faut attendre -300 pour que le fer soit introduit dans la péninsule coréenne. L'adoption de technique particulière n'est donc pas uniforme selon les régions du monde, et se fait souvent par diffusion/ transmission au contact d'un autre voisin.

On constate que malgré l’accélération des échanges et des contacts, l’adoption des techniques des autres n’étaient pas une règle : question de culture, de respect du passé, …>

L’accumulation de l’énergie

La domestication du feu a aidé l'évolution biologique humaine. Il permit de rendre la viande consommée plus tendre (et meilleure!), et donc de libérer de l'énergie nécessaire au métabolisme, énergie qui put être reportée sur le cerveau (qui voit son volume augmenter d'Habilis à Sapiens). Autre conséquence, la viande plus tendre permis à la mâchoire de se rétracter (il n'y a plus chez l'homme de prognathisme) et à la crête sagittale de disparaître

Du feu non maitrisé issu des effets de la foudre ou des irruptions de lave au feu volontaire et maitrisé, est constaté vers moins 800.000 ans. Question : quel est le moment le plus important : l'utilisation du feu (déjà présent) ou la capacité d'allumer un feu ex nihilo (ce qui signifie des capacités cognitives particulières) ?

Définition de la métallurgie : traitement thermique permettant l'extraction de métaux à partir de minerais.(cf. l'adjectif 'thermique' mis en valeur par Bresson/ Sombre et qui rejoint directement le titre du livre d'A. Gras, « Le choix du feu. »).

Evolution de l’outil

Importance de la capacité d’adaptation de l’homme pour faire évoluer les outils. Outil créé soit par la réflexion en fonction d’un but précis, soit par l’observation  - le hasard, la nature - qui a révélé quelque chose de nouveau. L'outil lithique métallique et les techniques comme la métallurgie reste des moyens, elles ne résultent pas de la volonté de créer quelque chose de nouveau, nouveauté qu'il a fallu pré-concevoir en amont. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, où l'outil est produit pour la consommation : c'est une fin en lui-même.

Divers

On retrouve les premières pièces de monnaie en moins 700 ans en Grèce et Lydie (Asie mineure, cf. Crésus). Mais les Romains, très tôt en contact avec ces peuples, n'adoptèrent pas la monnaie avant le IIIème siècle av. notre ère : ils n'en avaient pas besoin, cela ne correspondait pas à leur fonctionnement social. Mais c’est plus tard que les Romains ont introduits les « Aes rude » en bronze.

Le début des premiers signes de l’écriture (vers moins 1300 ans) servant à compter, s’est développé du fait de la centralisation du pouvoir et du besoin de connaitre avec précision. On a déterminé 5 foyers autonomes où l’écriture s’est développée.