TECHNOlogos PARIS ÎLE-DE-FRANCE
Penser la technique aujourd'hui et résister à sa puissance
Adhérent.e

Où il est question de notre relation aux objets matériels et immatériels dans leurs utilisations et productions.

Les textes sont présentés du plus récent au plus ancien.

IMPRÉCATION du 6mai 2020
Mon défilé du 1er Mai 2O2O
Foutu télé...

 


IMPRÉCATION du 6mai 2020

Quelle est l'utilité d'exprimer une révolte qui ne bougera d'un cil ni la vergogne ni le cynisme ou l'inconscience grave d'un anonyme porte-parole de la NASA chargé d'annoncer ce jour, le tournage d'un film avec Tom Cruise, dans une station spatiale! Et ceci dans la même veine que les voyages privés dans l'espace, histoire de pomper les trop plein d'argent des richissimes en mal de sensation d'exception.

On peut imaginer le doux mensonge du bien pour l'humanité et du financement de la Recherche (peu importe laquelle, pourquoi et jusqu'où ?) accompagnant ce genre d'aventure très haute technologie pour les plus racés d'entre les humains.

Mais en bas, au ras du sol, les multitudes hébétées par la réduction de l'espace (tiens justement !) et de la liberté suivie toujours plus près, circulent en vagues identiques piquées de petits carrés blancs à travers le monde. Elles marchent au rythme d'un large et très haut parleur qui répète  consignes et  "ravages" à venir et advenus.

Les soumis, les assignés, les empêchés, gardez la distance, montez les barrières, la peur au ventre ! Soyez courageux, allez travailler, travailler, travailler partout, dedans, dehors aux ordres de la grande machine pour sauver l'économie et ses profits ! Pour que quelques-uns aillent se balader au ciel… mais pour votre bien.

Soyez solidaires, que diable !

L'utile de dire cette rage, c'est de vérifier qu'elle peut se partager, avec l'envie d'assister à l'explosion de la station en question, telle une comète dans le grand ciel froid. On leur accorde le temps d'un selfie.

Roseline


Mon défilé du 1er Mai 2O2O

Le feuilleton masques et blouses a sa version marseillaise. J'y figure dans deux modes de production.
En répondant depuis le début à quelques demandes directes : système D et circuits courts...
Avec mes tissus et mes élastiques je peux faire un peu, tout de suite...
Et aussi en me rangeant, crise oblige, sous la bannière des couturiers solidaires du sud c'est à dire la filière de la mode et du luxe rattachée à la culture, qui se propose de coordonner couturières bénévoles à domicile, fournisseurs de matières et ateliers... les kits se font attendre, mais la communication va bon train...
Donc je couds, à la demande, en concevant des blouses et des masques pour des personnes que je connais et j'attends, pour exécuter ma petite part de chaine pour des objets dont je ne connaitrai pas les destinataires… créativité et affectivité assurées dans le système artisanal, compensations à imaginer pour le système industriel.

Ainsi la période nous incite à revenir sur la question du travail.
Reprenant quelques éléments de définition que je me suis approprié de Marx :

Jouissance de l'acte productif dans du travail utile, dans un but commun, selon les lois de la beauté... Et ce texte des Ecrits Economiques, repris en 9O par Alain Lipietz dans Education Permanente et que j' affichais dans mes ateliers d'insertion...

"Supposons que nous produisions comme des êtres humains : chacun de nous s'affirmerait doublement dans sa production: soi-même et l'autre.

Dans ma production, je réaliserais mon identité, ma particularité ; j'éprouverais, en travaillant, la jouissance d'une manifestation individuelle de ma vie, et, dans la contemplation de l'objet, j'aurais la joie individuelle de reconnaître ma personnalité comme une puissance réelle, concrètement saisissable et échappant à tout doute.

Dans ta jouissance ou ton emploi de mon produit, j'aurais la joie spirituelle immédiate de satisfaire par mon travail à un besoin humain, de réaliser la nature humaine et de fournir au besoin d'un autre l'objet de sa nécessité.

J'aurais conscience de servir de médiateur entre toi et le genre humain, d'être reconnu et ressenti par toi comme un complément à ton propre être et comme une partie nécessaire de toi-même ; d'être accepté dans ton esprit
comme
dans ton amour.
J'aurais, dans mes manifestations individuelles, la joie de créer la manifestation de ta vie, c'est-à-dire de réaliser et d'affirmer dans mon activité individuelle ma vraie nature, ma sociabilité humaine.

Nos productions seraient autant de miroirs où nos êtres rayonneraient l'un vers l'autre [...]
Mon travail serait une manifestation libre de la vie, une jouissance de la vie. "

Ce texte,  avant toute considération sur les conditions du travail, en définit les objectifs et les motivations qui correspondent à la satisfaction de besoins humains et non à la réalisation de théories économiques.
Malgré les actualisations nécessaires sur la place de l'homme et la nature humaine, il répond encore à ma vision du travail car il met l'accent sur deux de ses composantes essentielles : la créativité et l'affectivité.

Pour enfoncer le clou et mieux lutter contre l'annexion du travail par les sciences économiques, et en référence à l'éco-féminisme de Maria Mies et Vandana Shiva, je propose qu'on ne parle plus de la gestion en bon père de famille visant la sécurité financière mais finissant par occulter tout le reste, mais qu'on gère plutôt en bonne mère de famille, veillant à la sécurité humaine avec l'oeil sur le premier mais aussi sur le dernier...
...apprentissages et diplômes ouverts aux hommes bien évidemment...

Ma couture actuelle est citoyenne et bénévole mais... au sortir de cette période si éprouvante, j'aimerai participer à la formation d'un maillage d'alternatives familiales ou artisanales pour produire localement des habits quotidiens car c'est
encore pour moi une des façons d'habiter le monde.

Nine


Foutu télé...

La mécanique quantique pourrait-elle sauver la société ?

Pourrait-on croire, alors que notre corps a besoin d'air, d'eau, de céréales, de fruits et légumes, de légumineuses ou de protéines animale, que la pensée distante transmise par des moyens modernes allaient tout résoudre !

Plus c'est loin, plus c'est quantique ! Oui tout est loin maintenant, mais nous sommes ici.

Si avant Rungis, les Halles voyaient arriver chaque petit matin les charrettes de fruits et légumes qui avaient poussé dans les communes alentours, maintenant quand est-il ? Remplir les Halles aujourd'hui, devenu un autre marché, c'est souvent un clic dans une page web d'un « fournisseur du bout du monde ». Un clic généré, souvent installé loin du lieu d'échanges. Alimenter notre panse ou alimenter notre pensée,.., suit le même chemin dans le même tempo, clic, clic,clic,...

Une exaspération menant à la caricature, sans doute mais où subsiste l'être humain, où en local sa technique est à sa portée, comprise, parfois améliorée, mais pouvant rester dans son giron. Car il est vrai que le système technicien actuel est un enchevêtrement de mécanismes, de "technology", de process, où l'être humain est souvent noyé, s'il est encore présent.

Aujourd'hui le contexte actuel révèle les gestes simples, de la débrouille, comme découper un morceau de tissu, et de fil en aiguille de bâtir un rempart pour protéger les autres, nous protéger aussi. Noyer le covid de l'année 2019 dans de l'eau et du savon. Continuer avec le 20, mieux armé. Pour avancer il faut répéter les pas, les hésitations, encore et encore.

Alors le télétravail, confiné, ses doigts sur un clavier ou une souris, au milieu bactériologique par excellence, la bouche près d'un micro, l'oreille proche d'une autre ouïe, c'est le quotidien de certains. Tandis que d'autres du fait que la téléportation n'est pas, que la télé-transmutation pas plus, continuent à fabriquer, à cultiver, à transporter, à prendre soin des autres,..., avec les moyens à leur disposition, quand rien n'est vraiment bien disposé. Alors que d'autres ne sont plus dans le mouvement.

On attendrait, au XXIème siècle, un rangement propre comme dans un foutu tableur avec des angles bien droits pour toutes les cases, des liaisons parfaites avec celles en E4:F5. Coulé.
La bataille navale des cases a failli ; le monde s'est écroulé. Chaque case est devenu « radeau de la méduse » sur lequel nous hésitons encore à bouger, alors que des traders continuent en « jouant » - comme si ils étaient dans Second Life. Des cases bien rangées du tableur universel auraient-elles détruit le local des petites choses, qui alors se sont mises en mouvement et répandues grâce à notre interconnexion. Elles ont cherché le contact et même plus si affinité. Malheureusement, elles ont trouvé.

Merci à ceux qui au quotidien font...

La mécanique quantique appliquée n'a pas gagné, même si elle régit l'espace de l'infiniment petit ; la pomme de Newton l'a surpassée.

Christian