Par Christian Vélot

Après la transgenèse, les techniques de manipulation du génome se succèdent à une vitesse spectaculaire, avec des noms plus barbares les uns que les autres (mutagenèse dirigée par oligonucléotides, nucléases dirigées à doigt de zinc, méganucléases, Talen, Crispr-Cas9, etc.). Leurs domaines d’application potentiels sont multiples et concernent aussi bien les végétaux que les animaux et les microorganismes. Certaines d’entre elles peuvent être utilisées directement sur les embryons animaux afin d’obtenir des animaux génétiquement modifiés. Ces techniques, pour lesquelles nous n’avons aucun recul, sont l’objet de tous les fantasmes et de toutes les promesses, que ce soit dans le domaine agricole avec la prétendue amélioration des plantes, ou dans le domaine médical pour le traitement des maladies génétiques.

Si ces techniques constituent des outils susceptibles d’élargir notre champ des connaissances, elles ouvrent aussi la porte à une manipulation non contrôlée, à un brevetage du vivant et à d’autres conséquences non maîtrisables. Cette course au tout-génétique, qui repose sur une vision mécaniste et réductionniste du vivant, ne conduit-elle pas à des impasses majeures ? S'agit-il toujours de science ? Quelle est la responsabilité de l'universitaire et du chercheur quant aux conséquences — notamment en termes de domestication et d’appropriation du vivant — de ces technologies et de leurs produits, dans la conduite de la démarche scientifique, dans le développement et l'expertise comme dans la transmission du savoir ?