L’emprise de la techno-médecine au risque de la santé

Par Michel Cucchi

Le système de santé est piloté au travers d’une technostructure hospitalière dont l’activité se mesure par une production codifiée d’actes, de séances et de séjours, accordant une place prépondérante à la normalisation des pratiques, à la standardisation des protocoles et à l’automatisation des processus, se coulant toujours davantage dans le paradigme techno-industriel de la production de masse où dominent des principes de gestion fondés sur la maximisation de la production de valeur financière dans une coopération toujours plus étroite avec les entreprises du médicament, des biotechnologies et de l’Internet.

Dans sa contribution Michel Cucchi propose une reformulation des grandes questions de santé humaine ainsi que des missions des systèmes sociotechniques en charge de leur traitement. Comment restituer les questions de santé au débat public sans épouser les intérêts des acteurs économiques ou des professionnels du secteur ? Comment investir la technique médicale et soignante sans s’exposer à des effets qui en dénaturent l’intention ? Comment conduire le nécessaire aggiornamento des institutions de santé pour un projet de société pleinement humaine ? Pour lutter contre l’emprise techno-industrielle, la défense de la santé humaine et de la salubrité de l’environnement a besoin de sciences humaines, c’est-à-dire de sciences de la complexité et de la singularité.