Mort souffrance, santé : s’en remettre à la techno-science ou assumer nos complexités

Par Cathy Blanc

Cathy Blanc, la dernière intervenante de la matinée, est médecin homéopathe, avec une double formation en médecine générale conventionnelle et en médecine chinoise, elle a créé un institut de formation et s’occupe d’une association qui accompagne des personnes très malades ou en fin de vie.

A la différence des exposés précédents qui décrivaient les ravages et menaces de la médecine technicienne en cours de développement, son intervention vise à rappeler ce que devrait être un médecin, une démarche soignante, ce qui devrait être au cœur de son action.

Elle appelle ainsi à repenser les valeurs fondamentales du prendre soin et la place de la vulnérabilité dans nos sociétés. La « spiritualité laïque », expression qui n’a pas été employée pendant ces deux jours, devrait guider l’action du soignant, bien plus que la quête de productivité et de profit.

 Le travail du médecin consiste à être à l’écoute et à reconnaître l’intelligence de l’autre ; à donner au patient une position où il peut garder un maximum d'autonomie et capable de prendre en charge sa santé, pour qu’il se guérisse lui-même, avec l’aide et l’accompagnement du thérapeute ou tout au moins continue à être impliqué et acteur dans le processus thérapeutique. La relation humaine entre le médecin et le patient est ou devrait être au cœur de la médecine. La complexité des processus biologiques et psychiques, leurs interactions (corps et âmes ne sont pas séparées), nécessitent de travailler en équipes pluridisciplinaires. On est plus intelligent à plusieurs.

D’un point de vue spirituel, il ne faut pas évacuer les questions philosophiques sur le sens de la vie, de ce qui rend heureux. L’argent et la puissance ? Non, l’amour, les relations aux autres et le sentiment d’utilité. Accompagner ce cheminement fait aussi partie de la pratique médicale, ce que montre bien l’accompagnement des patients très malades ou en fin de vie.

La médecine chinoise offre des pistes et des ressources pour cela, elle refuse le réductionnisme de la médecine moderne. L’être humain n’y est pas séparé entre psyché et soma, tête et émotions, qui, pour les chinois sont dans les organes. De plus, on envisage un homme situé entre ciel et terre, en relation avec l'environnement et les autres.  On tente de l'aborder dans son ensemble.

Pour soigner l’autre, il faut cheminer avec lui et le soutenir plutôt qu’imposer des solutions : tenter de le comprendre, reconnaître son intelligence et sa sensibilité, l’écouter avec bienveillance et sollicitude, l’accompagner, reconstruire du lien et du sens. C’est tout ce travail de respect et cette reconnaissance des ressources de l’autre qui doit être au cœur du travail des médecins et de la démarche soignante en général.

De manière plus générale, si on reconnait les désirs et l’intelligence de chacun dans des relations de coopération, des choses passionnantes et créatrices peuvent émerger.