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Penser la tragédie écologique

Article paru le mercredi 20 septembre 2017 dans le journal SUD-OUEST
Et repris en format texte pour diminuer l'impact de transmission.

Ce qu’il faut maintenant envisager sérieusement, c’est l’hypothèse du suicide de l’humanité

 

Contrairement à ce qui se passait il y a encore moins de trente ans, les informations relatives au désastre écologique en cours ne manquent pas, quitte d’ailleurs à présenter le défaut de la surabondance. Mais, c’est surtout la forme et le contenu de cette présentation qui posent problème.

Observons d’abord le fait significatif que ces informations font toujours l’objet d’un traitement particulier, comme dans « Le Monde » où une page spéciale leur est consacrée sous le titre «Planète», alors que son supplément économique ne fait jamais mention des problèmes écologiques posés par ce qui est toujours présenté comme des avancées économiques ou technologiques pour l’humanité.

Comme l’huile et l’eau, ces deux catégories d’informations ne sont jamais mises en interface, au risque de masquer les vraies questions. D’autre part, l’espace médiatique  toujours tendance à simplifier ou à tordre le sens des informations relatives aux questions d’environnement par le jeu de slogans ou de formules stéréotypées, qui prétendent tout faire comprendre à l’opinion ! Il y a des abus de langage, tels que « durable », « transition », « économie circulaire »... destinés à occulter la gravité du désastre, à éviter toute remise en question, en particulier de notre mode de vie occidental mondialisé.

On peut même dire que les pratiques rhétoriques dans ce domaine sont celles de la« novlangue » chère à Orwel dans son«1984 » ! Dans une société qui cultive l’obsolescence de nos objets quotidiens et de nos cadres de vie, que veut donc dire un oxymore comme le « développement durable » ?

Il y a même des expressions étonnantes comme « sauver la terre », reprises d’ailleurs par des écolos qui se veulent durs et purs, alors qu’il s’agit là du comble de l’esprit prométhéen à l’origine de toutes les dérives actuelles et à venir comme la « géo-ingénierie » censée répondre au réchauffement climatique. Comme l’a montré une récente vidéo du « National Geographic », ce n’est pas la planète qui est menacée de destruction, mais l’humanité elle-même et ceci par sa propre faute.

Autrement dit, ce qu’il faut maintenant envisager sérieusement, c’est l’hypothèse du suicide de l’humanité par son développement incontrôlé rendant au final la terre inhabitable, cette dernière étant parfaitement apte, avec le temps, à s’en remettre par la suite, malgré des écosystèmes certes transformés, mais aussi régénérés!

Compte tenu de l’accélération des processus de destruction en cours, c’est à l’évidence cette hypothèse qu’il faut retenir aussi tragique soit elle. Non pas pour s’abandonner à « la fatalité du progrès », comme certains esprits cyniques nous le laissent entendre, mais au contraire, pour prendre toutes les dimensions du défi !

C’est ici que se situe d’ailleurs le noeud du problème, à savoir le fait d’avoir le courage d’une prise de conscience qui concerne chacun de nous, malgré le fait qu’il soit vraiment tard pour s’y attaquer au regard des premières alertes officielles datant d’au moins cinquante ans.

Or, jusqu’à présent, la majorité des pays responsables de cette situation dramatique, en particulier l’oligarchie, les dirigeants, a pratiqué une politique de faux-semblants, dont l’Accord de Paris de 2016 en est l’illustration éclatante et ceci tout en continuant à faire prospérer les causes de destruction en raison de son addiction à la religion la croissance.

Significativement, les seules réponses officielles à ce défi sont toujours d’ordre technoscientifique et économique, reprenant ainsi la manière de penser qui est à l’origine des problèmes que l’on prétend résoudre!

Par-delà le « présentisme » de notre société et les fausses questions qu’elle véhicule, celle de l’avenir de l’espèce humaine reste donc aujourd’hui la principale à laquelle il serait temps de penser. Mais peut-être nous dépasse-t-elle et est-ce trop tard en raison de la puissance du processus en cours illustrant l’anthropocène ?