Éruptions de bon sens

Chronique ouverte le 13 février 2013

Nous recensons ici des articles de  presse qui, de manière plus ou moins explicite et approfondie, traitent du caractère autonome de la technique ou apportent suffisamment d'éléments permettant de l'aborder.

Doit-on fait machine arrière ? Télérama - 8 juin 2013
Depuis plusieurs semaines, Télérama consacre régulièrement des articles aux robots, sans doute influencé par le récent succès de la série TV Real Humans. Dans les premiers pages de ce numéro, Xavier de Jarcy revient sur le sujet de façon pour le moins radicale. Ayant souligné les avancées spectaculaires de la robotique ces derniers mois à des fins strictement économiques (pour accroître la productivité), il lâche ces mots : "Il n'y aurait pas d'autre solution à la crise que la poursuite de la fuite en avant technologique. L'hybridation homme-machine serait inéluctable. Mais ce futur déjà écrit qui nous est "vendu" de toutes parts, mériterait au moins un débat. Et si on remettait plutôt en question le modèle productiviste et sa division du travail ?" Bonne question ! Répondons déjà à celle contenue dans le titre. Oui, il faut "faire machine arrière". Non pas pour "revenir à la bougie" - comme les esprits simplistes nous accusent régulièrement de le penser - mais pour lire ou relire Karl Marx - au sujet de la division du travail - puis Jacques Ellul dans son analyse du "transfert d'influence" du Capital à la Technique. Le journaliste appelle de ses voeux un débat sur le dossier technique-travail ? Notre association en organise un lors de ses prochaines assises, les 7 et 8 septembre prochains à la Sorbonne.
article non disponible en ligne

Un drone, ça ne fait pas de prisonniers Télérama -15 mai 2013
Auteur du livre Théorie du drone et sociologue au CNRS, le philosophe Grégoire Chamayou répond aux questions de Juliette Cerf. Extraits. "Mon livre traite des drones "chasseurs-tueurs", justifiés par une logique très retorse : leurs partisans voient en eux un progrès majeur de la technologie humanitaire puisqu'ils permettent de sauver des vies. Personne ne meurt si ce n'est l'ennemi. Mais comment qualifier d'humanitaire une machine à tuer ? Emblème de la "guerre sans risque", le drone fait éclater toute réciprocité : avec lui, on peut voir sans être vu, tuer sans être tué. (...) On ne combat plus l'ennemi, on le tire comme un lapin. (...) (Aujourd'hui) s'activent des armadas de juristes liés aux intérêts militaires (car) un état ne peut pas tuer qui bon lui semble n'importe où dans le monde. Or, en utilisant leurs drones hors zone de conflit armé, les États-unis s'arrogent pourtant ce droit. Mais lorsqu'on remplace les troupes au sol par des drones, il n'y a plus de combat. (...) La plupart des frappes de drones visent des individus inconnus, que leur "forme de vie" signale comme des militants potentiels, soupçonnés d'appartenir à une organisation hostile. (...) On glisse (donc) de la catégorie de combattants à celle, très élastique, de militants présumés. Cela revient à légaliser les exécutions extraordinaires". Autrement dit, précisons-nous : les assassinats. "On assiste au passage d'une éthique officielle à une autre : de celle du courage et du sacrifice à celle de l'autopréservation et de la lâcheté plus ou moins asumée". Comment mieux comprendre cette mutation qu'en se remémorant cette petite phrase écrite par Jacques Ellul en 1954 dans La technique ou l'enjeu du siècle : "Le phénomène technique est (devenu) la préoccupation de l'immense majorité des hommes de notre temps, de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace".
http://www.telerama.fr/monde/un-drone-ca-ne-fait-pas-de-prisonniers-gregoire-chamayou-chercheur-au-cnrs,97456.php

C'est robot pour être vrai Télérama - 8 mai 2013
Au lendemain du piratage du compte Twitter d'Associated Press, qui a bouleversé les cours de Wall Street pendant trois minutes (voir ci-dessous), Samuel Gontier établit un parallèle entre les robots rebelles de la série suédoise Real Humans et les algorithmes qui réalisent 70% des transactions financières aux États-Unis en quelques millisecondes. Selon lui, la réalité dépasse largement la fiction et les hubots sont "bien gentils" comparés au trading à haute fréquence : "à l'évidence, les automates créés pour échanger sur les marchés n'ont pas été dotés des procédures que, dans la série d'Arte, la loi impose pour limiter la liberté des robots et ainsi les empêcher de nuire aux humains. Dans la vraie vie, par contre, aucune loi n'interdit aux robots-traders de provoquer krachs, faillites, récession, chômage, famines..." Gontier cite les propos de Stéphane Breitner, correspondant de France 2 à Washington, quelques heures après le vent de panique à Wall Street : "Ce qui interpelle, c'est le silence des autorités financières. Des autorités bien embêtées qu'un simple tweet ait pu mettre la plus grande Bourse du monde à genoux". Les auteurs de Real Humans parviennent à troubler leur public par l'apparence de liberté qu'ils confèrent aux robots. Mais à la fin de son article, Gontier pose la probabilité d'un prochain krach provoqué par l'algo-trading. Ce faisant, il nous invite à supposer que cette liberté est tout autant illusoire chez les humains de la "vraie vie". C'est très bien. Mais le pas décisif, plus courageux, consisterait selon nous à affirmer que le processus d'autonomisation de la technique, sans cesse croissant, ne peut déboucher que sur un surcroît d'aliénation.
Article non accessible en ligne
 

L'enfer du travail Le Monde - 5 mai 2013
Extraits de cet article, signé du philosophe Jean-Pierre Dupuy. "Le travail, ce n'est pas seulement l'instrument d'une nécessité, c'est un emploi, une occupation, un métier... bref, la promesse de l'accès à la reconnaissance sociale et à l'intégration dans la collectivité. Mais que vaut cette promesse ? Des productions superflues ou même nuisibles sont légitimées par le travail qu'elles fournissent à la population. La réduction de la durée de vie des objets et les gaspillages détruisent des ressources naturelles non renouvelables, consomment énormément d'énergie et polluent l'environnement. Or personne n'ose y remédier, car ils garantissent l'emploi. Dans les années 1970, (...) un syndicat ouvrier exigeait que le programme Concorde soit poursuivi. Cherchait-il ainsi à hâter l'avènement de la société sans classes dans laquelle tous les ex-prolétaires voleraient en supersonique ? Non, c'est le travail qu'il défendait (...). La finalité de la société industrielle est de produire du travail (mais) la rationalité économique qu'elle incarne fait de ce travail une torture. Cette contradiction est le noeud gordien du capitalisme, que seul un changement de civilisation pourrait peut-être trancher".
http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/05/05/l-enfer-du-travail_3171189_3234.html

Le piratage du compte Twitter d'AP fait plonger Wall Street Le Monde - 24 avril 2013
Près de deux millions d'abonnés d'Associated Press, la principale agence de presse  étatsunienne, reçoivent un tweet apparaissant comme envoyé depuis son compte. Il annonce qu'une explosion a eu lieu à la Maison Blanche et que Barack Obama est blessé. En fait, le message est un faux, il a été envoyé par un  hacker. Qu'à cela ne tienne : pendant trois minutes (le temps que la Maison Blanche l'ait démenti), le Dow Jones, principal indice de Wall Street, a perdu 145 points de capitalisation, soit l'équivalent de 105 milliards d'euros.  Le journaliste Sylvain Cypel fait remarquer que ce bug n'est pas le premier qui perturbe les marchés. En 2010, le Dow Jones avait perdu 750 points en vingt minutes suite à une "erreur de manipulation" d'un trader. Mais cette fois, ce sont des algorithmes conçus par les organismes financiers pour planifier automatiquement des opérations spéculatives qui, en enregistrant les mots "explosion", "Obama" et "blessé", ont déclenché la panique. Le journaliste note que si certains, à Wall Street, envisagent désormais la possibilité d'une "cyberguerre" sur les places de marchés au profit d'intérêts quasi indécelables, pour une majorité d'opérateurs, les vraies victimes sont les réseaux sociaux : il n'y a selon eux aucune raison de s'inquiéter, un "faux tweet" n'est qu'une rumeur et "des rumeurs, dit l'un d'eux, il y en a eu énormément depuis des années, qui ont influé sur les cours jusqu'à ce que les investisseurs se rendent compte qu'elles étaient infondées". La différence, souligne Cypel, c'est que, cette fois, la rumeur était informatisée, que son origine paraissait hyperfiable et qu'elle a instantanément touché près de deux millions de personnes. "Et demain ?" conclue t-il. Saine inquiétude... On regrette seulement que cet incident ne soit pas, pour lui comme ou pour d'autres, l'occasion de prendre conscience du caractère autonome de la technique dans son ensemble.
http://mobile.lemonde.fr/economie/article/2013/04/24/demain-une-cyberguerre-sur-les-marches_3165087_3234.html

Le contrôle de nos données : une illusion Le Monde, Interactu - 19 avril 2013
Hubert Guilaud fait la recension d'un article paru le 30 mars dans le New York Times : "Letting Down Our Guard With Web Privacy". D'après Alessandro Acquisti, spécialiste du comportement à Pittsburgh,  "bien que nous nous disions concernés par la vie privée, nous avons tendance à agir d'une manière incompatible à nos principes" et "il est facile de manipuler les gens pour récolter des informations sur eux". L'universitaire s'intéresse en particulier à la façon dont Facebook est conçu pour donner une impression de liberté tout en étant un moyen de contrôle social, ceci bien qu'avec le temps ses utilisateurs se préoccupent davantage de la protection de leurs données. En effet, à l'heure du croisement de données et des algorithmes, tronquer sa date de naissance et son lieu de résidence, flouter sa photo, changer une lettre de son nom ou utlliser un pseudo s'avèrent des mesures totalement insuffisantes. Là encore, Interactu a le mérite de faire le constat de l'insignifiance du principe de précaution face à la toute puissance de la technique sans pour autant mettre en question les motivations qui conduisent les humains à continuer malgré tout de s'épancher dans les réseaux sociaux.
http://internetactu.blog.lemonde.fr/2013/04/19/le-controle-de-nos-donnees-une-illusion

Une application Androïd pour contrôler un avion en vol Le Monde - 12 avril 2013
Qui ne connait pas les dispositifs de contrôle mis en place dans les aéroports pour contrer les tentatives de piraterie aérienne ? La technique s'y présente comme le meilleur rempart conte la barbarie. C'est hélas oublier que celle-ci, au fur et à mesure qu'elle se développe, se démocratise et devient accessible au barbare : elle lui permet de devenir pirate en ligne en exploitant les vulnérabilités des systèmes embarqués dans les avions. C'est en tout cas ce que révèle une analyse d'Hugo Teso, consultant en sécurité dans une société allemande... duquel les autorités se rapprochent afin d'utiliser son travail pour renforcer la sécurité aérienne. On peut regretter que le journaliste ne commente pas cet élément pour souligner combien l'autonomie de la technique est une histoire sans fin.
http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/04/12/piraterie-une-application-android-pour-controler-un-avion-en-vol

La technologie est-elle responsable de l'accélération du monde ? Internetactu - 22 mars 2013
Hubert Guillaud analyse le dernier livre d'Hartmut Rosa : Aliénation et accélération. Vers une théorie critique de la modernité tardive.  Il retient que "l'accélération est la caractéristique de la société moderne (...). L'accélération sociale que nous connaissons découle de l'accélération technique, de celle du changement social et de celle de nos rythmes de vie qui se manifeste par un stress, une aliénation toujours plus grande qui nous rend de plus en plus incapables d'habiter le monde". La modernité abordée non plus (exclusivement) comme "émancipation" mais (aussi) comme "incapacité" ? Même si Interactu reste peu prolixe sur la nature de cette "incapacité", la chose est dite.
http://internetactu.blog.lemonde.fr/2013/03/22/la-technologie-est-elle-responsable-de-lacceleration-du-monde

Bioéthique, 30 ans de réflexion Libération - 15 mars 2013
A l'occasion des trente ans du CCNE (Comité consultatif national d’éthique), la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval recense un livre rassemblant les témoignages de 71 personnes qui en sont - ou en ont été - membres. "A l’heure où François Hollande a décidé de s’en remettre (ou se défausser) à l’avis du comité sur la question de l’extension de la loi Mariage pour tous à la question de la procréation médicalement assistée, il n’est intéressant de voir de l’intérieur comment fonctionne le comité". Citant l'anthropologue Françoise Héritier ("La visée universelle de l’éthique n’est pas impossible à condition de la placer à son bon niveau"), l'auteure conclut ainsi son article : "il ne faut laisser ni la médecine ni le droit, ni la philosophie ni la religion, ni la politique s’accaparer l’éthique". Voilà qui, à Technologos, ne peut que nous motiver à nous en mêler !
http://www.liberation.fr/livres/2013/03/15/bioethique-30-ans-de-reflexion_888903

Sur les données numériques, le fossé grandit entre les États-Unis et l'Europe Le Monde -13 mars 2013
Les Européens découvrent que l'exploitation massive de leurs données par les géants américains échappe à la fois aux individus et aux États...  Une analyse un peu superficielle qui a cependant le mérite de souligner la domination de la Technique sur tout type de gouvernance. (article de Sylvie Kaufmann).
http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/13/sur-les-donnees-numeriques-le-fosse-grandit-entre-europe-et-etats-unis_1846153_3232.html

Après Fukushima, le nucléaire persévère Libération - 10 mars 2013
Deux ans après la catastrophe nucléaire au Japon, et malgré les risques considérables, l'atome continue de se développer. Il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, et plus mortifère que celui qui n'entend pas la mort frapper à sa porte (article collectif).
http://www.liberation.fr/economie/2013/03/10/apres-fukushima-le-nucleaire-persevere_887590

Nous ne savons plus ce que nous mangeons Sud-Ouest - 6 mars 2013
Simon Charbonneau pointe les dysfonctionnements de notre système industriel et ses conséquences sur nos façons de nous alimenter.
http://www.sudouest.fr/2013/03/06/complexite-et-defaillances-986007-706.php

Avec Internet et les écrans, mon cerveau a t-il muté ? Télérama - mis en ligne 13 février 2013
Au cœur de l'angoisse suscitée par la "révolution numérique" il y a l'dée que nous façonnons des outils mais qu'ensuite, ce sont eux qui nous façonnent (article de Marc Belpois).
http://www.telerama.fr/medias/internet-modifie-t-il-mon-cerveau,93189.php

La bourse prise de vitesse par les robots traders Sud-Ouest - 9 décembre 2012 - mis en ligne le 13 février 2013
Bientôt, ce ne seront plus des armées de traders qui joueront avec le cours des actions, mais des algorithmes informatiques écrits par des pointures des mathématiques, de la physique ou des statistiques dont les talents s'arrachent à prix d'or (article de Frédéric Sallet).
http://www.sudouest.fr/2012/12/09/la-bourse-prise-de-vitesse-par-les-robots-traders-903810-2780.php

"La menace des algorithmes est réelle" Libération - 28 octobre 2012 - mis en ligne le 3 juin 2013
Interrogé par Laetitia Mailhes, correspondante de Libé à San Francisco, le journaliste américain Christophe Steiner - par ailleurs ingénieur en génie civil - dénonce l’omniprésence de programmes informatiques dans la finance et surtout le fait qu'ils soient incontrôlables. Il rappelle d'abord ce qu'est un algorithme : "un programme informatique qui donne une série d’instructions à une machine pour accomplir une action précise en fonction de variables externes". Les algorithmes sont capables de prendre des décisions à la place des humains. Leurs avantages ne sont pas négligeables, reconnaît Steiner : "ils ont un impact énorme sur la productivité. Bien plus précis que les humains, donc plus fiables, ils réduisent les coûts". Conséquence : l'humain est mis de côté : "D’ici dix ans, avance Steiner, ils s’introduiront dans les cabinets médicaux pour établir les diagnostics, connaissant absolument tout votre dossier et étant toujours à la pointe des dernières connaissances scientifiques". Belle affaire. Sauf que... "Les algorithmes prennent en compte la manière dont les personnes s’expriment. Notre langage reflète notre mode de pensée, nos motivations. Lorsque les ordinateurs nous "écoutent" de manière aussi précise, la porte est ouverte à des usages inquiétants. Par exemple, votre employeur peut observer vos mails pour évaluer la qualité de vos relations avec un client et lui attribuer un score". Certes, ajoute Steiner, "les personnes qui se savent "écoutées" vont apprendre à modifier leur communication pour bluffer l’algorithme. Mais ce dernier apprendra alors à modifier son écoute en conséquence". Dès  les années 1970, Jacques Ellul laffirmait que le développement de la technique ne peut avoir pour conséquences que la généralisation du conformisme accompagnée d'incessants perfectionnements techniques afin de traquer la "faille humaine".
http://mobile.liberation.fr/economie/2012/10/28/christopher-steiner-la-menace-des-algorithmes-est-reelle_856547

Pour les trois quarts des Français, les robots volent le travail des gens L'Express - 18 septembre 2012 - mis en ligne le 13 février 2013
Selon un sondage TNS Sofres, les trois quarts des Français s'inquiètent des effets de la robotique sur l'emploi (article non signé).
http://www.lexpress.fr/emploi-carriere/emploi/pour-les-trois-quarts-des-francais-les-robots-volent-le-travail-des-gens_1162762.html